Ryanair met ses menaces à exécution et quitte des aéroports espagnols

aeroport de Barcelone

La guerre est déclarée entre Ryanair et le gestionnaire public des aéroports espagnols Aena. En toile de fond : des désaccords profonds sur la politique tarifaire des petits aéroports. La compagnie à bas coût s’est retirée officiellement des aéroports de Valladolid et de Jerez la semaine dernière, mettant fin à plusieurs liaisons aériennes régulières dans ces villes.

Ce retrait n’est pas une surprise. Début 2025, Ryanair annonçait la suppression de douze routes en Espagne et la fermeture de ses bases dans ces deux aéroports régionaux. La décision est devenue effective au 28 mars, après des mois de tensions avec Aena. En parallèle, la low cost irlandaise réduit fortement sa présence dans cinq autres villes : Vigo, Saint-Jacques-de-Compostelle, les Asturies, Saragosse et Santander.

À Valladolid, Ryanair assurait trois vols hebdomadaires vers Barcelone, ainsi qu’une liaison estivale vers Palma de Majorque. À Jerez, les vols vers Barcelone, Londres et Palma faisaient partie des principales connexions. Dans les deux cas, une partie du personnel a été transférée vers d’autres aéroports, mais certains salariés ont refusé la mobilité proposée, notamment vers Madrid ou Séville.

Une guerre tarifaire qui s’envenime

Ce désengagement s’inscrit dans un conflit plus large entre Ryanair, le gouvernement espagnol et Aena. La compagnie dénonce une absence d’incitations économiques suffisantes pour maintenir son activité dans les aéroports régionaux, qu’elle juge « surdimensionnés » et peu rentables. Elle accuse Aena de ne pas avoir respecté ses promesses en matière de réductions tarifaires.

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Aena, de son côté, réfute ces accusations et parle de chantage économique. Le PDG Maurici Lucena accuse Ryanair de vouloir utiliser « gratuitement » les infrastructures financées par les contribuables, et rappelle que les taxes sont déjà parmi les plus basses d’Europe pour les petits aéroports, à hauteur de 10,35 euros par passager.

Mais Ryanair va plus loin. Son patron, Michael O’Leary, réclame carrément la fin du « monopole » d’Aena, en demandant que la gestion des aéroports soit transférée aux autorités régionales. Une provocation assumée, alors même que l’Espagne est le premier marché de Ryanair en Europe, représentant 22 % de son trafic.

Un impact local, mais une stratégie nationale

Si les villes de Jerez et Valladolid cherchent désormais des solutions pour remplacer les liaisons supprimées, les perspectives restent incertaines. Aena affirme travailler avec les autorités locales pour trouver de nouvelles compagnies partenaires. Jet2 a d’ores et déjà annoncé de nouvelles lignes vers le Royaume-Uni depuis Jerez, et Vueling pourrait reprendre la liaison Valladolid-Barcelone, mais le calendrier est serré pour la saison estivale.

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Ryanair, de son côté, renforce sa présence dans les grands hubs espagnols, notamment à Barcelone, Madrid, Malaga et Alicante, où elle prévoit une hausse de capacité de 2 à 3 %, soit 1,5 million de sièges supplémentaires cet été. En contrepartie, 800 000 sièges seront supprimés dans les aéroports régionaux. Malgré les tensions, les deux géants restent étroitement liés. En 2024, Ryanair a battu son record en Espagne avec 58 millions de passagers transportés, tandis qu’Aena a enregistré 309 millions de passagers sur l’ensemble de son réseau.

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