Les Espagnols, derniers de la classe sur la défense européenne

À quel point la sécurité est-elle importante en Europe ? Alors que la situation géopolitique mondiale s’envenime, le Parlement Européen a récemment publié son Eurobaromètre, révélant le rapport des citoyens de l’UE aux thèmes gérés par les 27. Et question sécurité, autant dire que l’Espagne surprend.

Photo : mairie de Barcelone

Entre Trump, Poutine et la guerre en Ukraine, l’Europe vit des jours plus que compliqués. On distribue des kits de survie et on s’affole sur la sécurité à peu près partout sur le continent. Et parmi les citoyens européens, les Espagnols semblent bien peu concernés par ces inquiétudes, rapporte le dernier Eurobaromètre. D’après l’étude, seuls 20 % d’entre eux considèrent la défense et la sécurité comme une priorité, loin derrière la moyenne européenne de 36%. Un désintérêt qui place le pays en queue de peloton, à égalité avec Malte.

Dans le reste de l’Union, la défense s’impose en tête des priorités : plus de la moitié des Lituaniens et des Danois mettent ce sujet au sommet des préoccupations, tandis qu’en France, seulement 39 % des citoyens pensent la même chose. L’Espagne, elle, regarde ailleurs. Pour 4 Espagnols sur 10, la priorité absolue doit être l’éducation et la recherche, bien au-delà de la moyenne européenne.

Lire aussi : Pourquoi tout le monde devrait préparer son kit de survie (même en Espagne)

Si l’armement ne les inquiète guère, les Espagnols n’en restent pas moins convaincus que l’Union européenne reste leur meilleur rempart face aux crises globales. Comme la majorité des citoyens du continent, ils considèrent l’unité comme la clé pour affronter les défis à venir. Cette confiance se traduit en chiffres : 72% des Espagnols souhaitent que l’UE joue un rôle encore plus important dans la protection des citoyens, une donnée au-dessus de la moyenne européenne (66%).

Comment l’expliquer ?

Le rejet des Espagnols pour la sécurité peut s’expliquer par la posture de leur leader Pedro Sánchez, plutôt frileux sur le sujet. Le chef du gouvernement a profité du dernier sommet européen pour demander à Bruxelles de rebaptiser le plan « ReArm Europe », destiné à stimuler les dépenses militaires. « Je n’aime pas du tout ce terme de réarmement », a-t-il martelé, plaidant pour une approche plus nuancée de la question.

Une position surprenamment partagée par Giorgia Meloni, pourtant aux antipodes idéologiques du socialiste espagnol. Une convergence qui a poussé la Commission européenne à préférer le concept de « préparation » à celui de « réarmement », plus clivant.

Les Espagnols sont un peuple particulièrement pacifiste, ce qui peut s’expliciter aussi par leur Histoire contemporaine. C’est un des pays européens les plus récemment touchés par une dictature militaire, et le souvenir de la répression et des sacrifices dus au combat armé est encore vif dans les mémoires. Faire face aux problématiques sécuritaires européennes est un problème qu’ils ne veulent pour l’instant pas gérer. Espérons qu’ils n’aient jamais à le faire.

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