En Espagne, les entreprises menacent de geler les salaires

réforme du temps de travail en Espagne avec Yolanda Díaz

Le gouvernement espagnol a ouvert la boîte de Pandore en lançant le processus législatif visant à revoir à la baisse la durée du temps de travail hebdomadaire en Espagne. Dans un pays qui possède l’un des taux de productivité les plus bas d’Europe, le passage à 37,5 heures en remplacement des 40 actuelles provoque une vive tension au sein des entreprises. 

Image de couverture : Moncloa

À l’origine de cette proposition, la ministre du Travail Yolanda Díaz, figure de la gauche radicale. L’ancienne membre du Parti communiste prépare un texte qui devra franchir de nombreuses étapes : consultations obligatoires, rapports techniques, puis examen au Parlement.

La réforme profiterait à 12,5 millions de salariés. Parmi eux, un tiers, qui ont actuellement les horaires les plus longs, verront leur temps de travail diminuer de plus d’une heure et demie par semaine. Une mesure bien accueillie par les syndicats. Les chefs d’entreprise, eux, sont vent debout.

Les grandes entreprises refusent de payer les 37,5 heures

La puissante organisation patronale Anged, qui regroupe les grandes enseignes de la distribution comme El Corte Inglés, Carrefour, Alcampo, Ikea, Leroy Merlin, Fnac ou MediaMarkt, ne veut pas payer la lourde facture des 37,5 heures payées 40. Une réforme qui entraînerait un gel immédiat des salaires, selon Anged. Le Medef espagnol explique également que les primes variables non consolidées, qui représentent 1 % du salaire annuel, passeraient à la trappe. Le syndicat patronal analyse que le passage aux 37,5 heures ouvre la possibilité de réductions d’effectifs et pourrait se traduire par la perte de 5,85 % des postes, soit 24 252 emplois.

« Les 35 heures ont été un désastre » : l’Espagne redoute un scénario à la française

Lors d’une conférence de presse à Madrid, Anged a cité le cas de la France pour illustrer les risques d’une telle réforme.

« L’expérience française a été dévastatrice pour le tissu industriel, avec les effets négatifs d’un encadrement rigide du temps de travail sur l’emploi des plus de 50 ans, l’égalité professionnelle ou encore la croissance des salaires. En France, le passage aux 35 heures a profondément modifié l’organisation des entreprises, au prix d’une chute de la productivité et d’une diminution de la compétitivité », estime la porte-parole de l’association.

Pourtant, Anged n’est pas totalement opposée à une évolution du temps de travail, mais souhaite que les choses soient faites dans les règles de l’art. « Il est possible de progresser sur le terrain social tout en maintenant la compétitivité. Mais imposer une réforme unilatérale met en péril ce fragile équilibre. Il ne faut pas improviser. Le monde de l’entreprise mérite une réforme réfléchie et réaliste », s’inquiète l’organisation.

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Le texte de Yolanda Díaz représenterait un coût de 2,888 milliards d’euros pour les entreprises, selon les calculs de l’organisation. Les secteurs où l’impact sera le plus important sont ceux de l’hôtellerie-restauration, de l’information et de la communication, du commerce, ainsi que de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche. À l’inverse, certains domaines ne seront pas impactés, car leurs conventions collectives prévoient déjà des horaires inférieurs à la nouvelle limite légale, comme l’éducation, l’administration publique, les banques et assurances, ou encore la distribution d’eau et la gestion des déchets.

Reste à savoir si cette réforme aboutira telle quelle, ou si le bras de fer entre patronat et gouvernement forcera des concessions.

Bonus : Aurélie Chamerois, cheffe d’édition d’Equinox analyse la situation sur RTL

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