On sait enfin d’où viennent les photos des menus kitsch de Barcelone

Vous connaissez forcément ces photos de plats qui ornent les devantures des bars et restaurants de Barcelone. Elles sont partout, et pourtant, leur origine reste un mystère. Mais aujourd’hui, on sait enfin d’où viennent ces clichés si particuliers qui, malgré leur esthétique douteuse, font partie intégrante du paysage urbain barcelonais.

Photo : Vice

Une assiette blanche, des frites jaunes, des beignets de calamars dorés, une salade plus verte que verte et des tomates d’un rouge appétissant. Toute personne ayant déjà traversé Barcelone peut visualiser mentalement cette image, aussi fréquente dans le paysage que les livreurs Glovo.

Tout commence dans les années 1980, lorsque José Pedro Gargallo, un passionné de photographie de Castelldefells, décide de se lancer dans une aventure culinaire et visuelle, et fonde Commercial PH. Armé de son appareil photo et d’une vision bien précise, il entreprend de capturer l’essence des plats typiques des bars espagnols. Son objectif ? Créer des images si appétissantes qu’elles attireraient immanquablement les clients, et les vendre aux établissements catalans, qui n’avaient à l’époque que du texte à présenter sur leurs vitrines.

Les photos de Gargallo, bien que souvent qualifiées de « moches » ou « kitsch », possèdent un charme indéniable. La disposition des aliments, les couleurs vives… Tout est pensé pour donner envie de pousser la porte du bar. Mais derrière cette apparente simplicité se cache un véritable travail d’artiste.

Un travail d’artiste

Ces images sont le fruit d’un travail minutieux, où chaque détail compte. Gargallo, accompagné de son épouse, transforme à l’époque leur salle à manger en studio photo. Les séances de shooting peuvent durer des jours entiers, le temps de capturer la perfection. Chaque plat est préparé avec soin, chaque élément est disposé avec précision. Les tomates doivent être rouges et juteuses, les frites dorées à souhait, et les sandwichs doivent déborder de garniture.

Le maître – osons l’appeler l’artiste – signe aussi ses créations d’une manière particulière. Sur certaines photos, il positionne deux frites en parallèle, nous apprend le journaliste Pol Rodaller, qui a travaillé sur le sujet pour Vice il y a quelques années. Sur les clichés, rien n’est laissé au hasard.

Equinox Barcelone menu

Photo : LS Equinox

En 1990, la compagnie se professionnalise et prend un local. Le catalan engage même plusieurs commerciaux travaillant pour lui dans différentes parties de la péninsule. Depuis, toutes les enseignes catalanes et d’ailleurs ont adhéré au modèle Gargallo, simple, efficace et identifiable.

La compagnie de M. Gargallo existe encore, et a ses bureaux dans la cité comtale, mais sa présence sur internet est quai-nulle, par peur des plagiats. Il faut dire qu’aujourd’hui non seulement on peut voler ces images, mais la valeur des photos a disparu, car de nombreux commerces de restauration préfèrent télécharger des images gratuites sur internet, les acheter dans des stocks de photos ou les faire elles-mêmes avec un Iphone.

Toujours est-il que les oeuvres d’art gastronomiques et esthétiques de l’Espagnol sont devenues des icônes de la culture barcelonaise. Réalisées il y a plus de 40 ans, elles continuent de séduire grâce au talent et à l’envie d’un seul homme, qui a révolutionné le menu espagnol, à une époque où le métier de styliste culinaire n’existait pas encore. Bravo monsieur.

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