Sport et agressions sexuelles : ce que nous apprend l’affaire Rubiales

Equinox Barcelone Jenni Hermoso

Après un an et demi de bataille judiciaire, l’affaire du « baiser forcé » entre l’ex-président de la fédération espagnole de football Luis Rubiales et la joueuse Jennifer Hermoso est arrivée à son terme. Une peine en dessous des attentes générales, mais tout de même symbolique.

Photo : compte instagram de Jenni Hermoso

« Malgré tout, cela créera un précédent important dans un environnement social où il reste encore beaucoup à faire », écrivait Jennifer Hermoso ce dimanche 23 février. La phrase, postée en légende d’une photo sur son compte Instagram, vient clore une des plus grosses affaires qu’ait connue le sport espagnol.

Août 2023. Au terme d’un mondial de football féminin palpitant, l’Espagne remporte la finale à Sydney et devient championne du monde. Dans l’euphorie de la victoire, pendant que le monde entier regarde, Luis Rubiales alors président de la fédération nationale espagnole embrasse sur la bouche – et sans son consentement – Jenni Hermoso, numéro 11 de l’équipe.

Commence alors une bataille judiciaire hautement médiatisée, dont la conclusion a été rendue ce jeudi 20 février. Accusé par la joueuse d’agression sexuelle et de coercition, il n’est jugé coupable que du premier chef d’accusation, et la sentence est très en dessous des espérances du public. L’ex-président du foot espagnol est condamné à une amende de 10 800 euros dont 3 000 seulement à verser à la joueuse, loin des 100 000 euros demandés par la défense.

 

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Il écope également d’une interdiction d’approcher Hermoso dans un rayon de 200 mètres et de communiquer avec elle pendant un an. Une peine décevante à la lumière d’une mobilisation impressionnante et une bagatelle par rapport aux 65 000 euros annuels gagnés par l’ancien numéro 1 du football ibérique.

Outre la question financière, le refus de la justice de condamner Rubiales, mais aussi Vilda, Luque y Rivera (trois hommes de l’équipe nationale eux aussi accusés) du délit de coercition met en lumière un certain angle mort des tribunaux. La coercition, c’est le fait d’exercer du contrôle sur quelqu’un.

Dans ce cas précis, le juge a estimé que les accusés n’ont pas contraint la victime à minimiser l’importance de ce qui s’est passé, argumentant qu’il n’y a eu « aucun acte de violence ou d’intimidation de la part de l’un des prévenus ou de tiers ». Mais dans le milieu du sport – encore plus celui du haut niveau – la hiérarchie et la pression ressentie par les joueuses est telle que le contrôle est omniprésent et souvent difficile à discerner.

Un symbole fort pour le sport

Malgré cette victoire en demi-teinte, la joueuse espagnole a quand même tenu à souligner la victoire que représente cette peine, dans un monde où les relations entre les joueuses professionnelles et leur staff sont de plus en plus opaques. En témoigne une flopée de cas récemment révélés dans le haut niveau, comme celui de la gymnaste américaine Simone Biles, qui accusait en 2018 le médecin de Team USA de l’avoir abusée sexuellement.

Partout dans le monde, depuis Biles, les accusations se multiplient. Le milieu du sport est tristement propice aux violences sexuelles, qui commencent d’abord par des violences éducatives, psychiques ou physiques, rapportait en 2022 une étude sur les violences dans le sport en Espagne. Il est en quelque sorte devenu normal de souffrir pour exceller : 81% des hommes et 75% des femmes espagnoles ont déjà vécu un exemple de violence dans le sport à l’enfance ou l’adolescence.

Mais l’acharnement de Jenni Hermoso à dénoncer son agresseur permettra sans doute à des centaines de jeunes filles d’oser prendre la parole. Une petite victoire qui offre à la joueuse plus de sérénité.

C’est en tout cas ce qu’elle espère, alors qu’elle conclut son message Instagram avec « maintenant, oui, c’est terminé ». Elle reprend ainsi le slogan #seacabo (#c’est terminé), que sa coéquipière Alexia Putalles avait propagé sur les réseaux au moment des faits. Un #metoo du sport à l’origine d’une vague de soutiens pour la joueuse, qui avait conduit à la démission de Rubiales le 10 septembre 2023.

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