Le BCN Word, rebaptisé Hardrock, est censé voir le jour dans la province de Tarragone, près de Port-Aventura et à une centaine de kilomètres de Barcelone. Mais, pour l’heure, le Parlement catalan s’oppose foncièrement à ce projet. Explications.
L’avenir du sulfureux Hardrock est sur le point d’être fixé. Le Parlement de Catalogne a récemment approuvé le traitement de deux propositions de loi des partis ERC et Comuns visant à mettre fin aux exonérations fiscales prévues pour les jeux de hasard et pour les promoteurs de Hardrock. La semaine prochaine aura ainsi lieu en séance plénière l’ultime débat qui, selon les mots des républicains et de Comuns, « enterrera définitivement » le projet XXL du centre de loisirs. Une lecture unique du dossier est prévue, de manière à accélérer le temps du débat final et à s’affranchir des étapes précédentes de présentation et de commission, même si la possibilité de modifier le texte est maintenue.
Pour une suppression des « privilèges » fiscaux
Les partis ERC et Comuns n’ont pas manqué de critiquer vivement la loi approuvée en 2014 visant à réduire la fiscalité du Hardrock de 55 % à seulement 10 %. Le parlement est bien décidé à stopper le projet en expliquant que désormais la gauche oeuvre pour un renversement de l’exonération fiscale. Les socialistes catalans ont effectivement changé leur fusil d’épaule. Jordi Riba, membre du groupe PSC-Units per Avançar, a affirmé que par rapport à 2014, la conjoncture est différente, surtout si l’on tient compte du fait qu’en 2012, lorsque le projet a émergé, la période était marquée par une crise économique importante et par un besoin de créer des emplois. Par ailleurs, un pacte entre l’ERC et le CPS a été passé en 2024 dans le cadre de l’investiture de Salvador Illa. L’un de ces points était d’arrêter le projet Hardrock.
De son côté, la leader du groupe Comuns, Jéssica Albiach, a assuré que ce qui est débattu aujourd’hui n’est pas seulement la suppression des « privilèges fiscaux » dans le jeu, mais aussi « le modèle de pays que nous voulons en Catalogne ». « Nous sommes en train de décider si nous voulons plus d’insécurité et de criminalité, de précarité des ressources et d’addictions. Tout cela, c’est ce que représente le Hardrock », a-t-il soutenu. Et pour cause, ce projet sulfureux soulève de nombreuses craintes en matière de sécurité, de santé mais aussi d’économie.
Un projet controversé
Le modèle socio-économique soulève effectivement des interrogations. Les investisseurs, des fonds d’investissements liés à la Caixabank, évoquaient la création de 20.000 emplois directs et autant de postes indirects. Précarité, répond Aturem Hardrock qui sort sa calculatrice : « de 2009 à 2019, la Costa Daurada a augmenté de plus de 100 % le nombre de touristes reçus, passant de 2 à 5 millions de touristes par an, tandis que le pouvoir d’achat des habitants de la zone a diminué de plus de 2,5 % en moyenne sur la même période ». Un concept de tourisme de masse qui montre ses limites à Barcelone, où la cohabitation entre les visiteurs et les habitants devient de plus en plus complexe.
Dans un autre registre, le problème d’addiction a été relevé. En effet, environ 5 % des adolescents catalans ont un problème d’addiction avec les jeux d’argent. Une tendance en hausse après le passage de la pandémie. Construire un tel complexe avec 1.200 machines, le plus grand d’Europe, présentera des dommages de santé mentale pour les populations à risque, estimait le député de gauche radicale David Cid, opposant notoire du projet.
Enfin, des soupçons de corruption planent sur le projet. Le terrain où le Hardrock sera érigé appartient actuellement à la banque Caixa. Le gouvernement catalan a racheté cet espace pour une valeur de 120 millions d’euros. Pour ensuite le revendre au fond d’investissement Hardrock. Ses détracteurs ne comprennent pas pourquoi l’argent public a servi à acquérir un terrain destiné à un projet commercial privé. Le parti d’extrême-gauche La Cup avait saisi l’office anti-fraude de Catalogne qui a ouvert une enquête sur un possible détournement de fonds publics. Pour toutes ces raisons, le projet d’envergure en Catalogne n’a cessé d’alimenter la controverse et est sur le point d’être avorté.
L’Espagne, 1ère économie mondiale en 2024 (selon la presse anglaise)