Dans les restaurants de Barcelone, on peine à recruter des serveurs. Chômage technique prolongé, mais aussi horaires de travail décalés et salaires peu attractifs ont poussé bon nombre de professionnels à changer de secteur durant la pandémie.
Photos : Noémie de Ballaigue et Clémentine Laurent/Equinox
Dans une petite pizzeria à côté de la plaça Sant Jaume, Ciprián travaille sa pâte à pizza en attendant les premiers clients. Cuisinier depuis plus de 15 ans au San Marino, il a patiemment attendu la réouverture du restaurant après le confinement pour reprendre son poste. Mais ce n’est pas le cas de tout le personnel du secteur.
« Je connais pas mal de gens qui ont changé de branche avec la pandémie« , explique-t-il dans sa cuisine. « Ils sont devenus ouvriers dans des usines, concierges… Des emplois plus sûrs, avec des horaires plus stables« , affirme le cuisinier.
Le gérant de l’établissement, Badr Dirhoussi, connaît bien le problème. Dans un autre de ses restaurants à Barcelone, deux employés sur cinq ont démissionné durant la pandémie pour devenir livreurs ou commerciaux. Et cet été, le gérant a eu du mal à recruter.
Le principal problème, selon lui : le métier de serveur ne séduit pas. « Les gens n’ont plus très envie de travailler dans le secteur. Ce n’est pas très drôle de travailler dans la restauration ! Vous êtes occupé tout le temps, il faut travailler le soir, le week-end…« , reconnaît Badr Dirhoussi.
Peu de recrutements dans les restaurants de Barcelone
Dans la capitale catalane, le manque de bras dans le secteur de la restauration n’est pas seulement l’affaire de quelques-uns. Un bon nombre de restaurants à Barcelone ont du mal à recruter du personnel de salle depuis cet été.
Pourtant, avec l’assouplissement des mesures sanitaires et le retour des touristes, la plateforme de recrutement Infojobs a vu les offres d’emploi de la catégorie Tourisme et restauration augmenter de 35 % entre août et septembre 2021. « Il est possible que, face à la fragilité du secteur, il y ait une plus grande migration professionnelle vers d’autres secteurs plus sûrs en ce moment« , explique la porte-parole Mónica Pérez.
Autre hypothèse, apportée par El Periódico : le confort du chômage technique, qui permettrait à certains de ne pas reprendre le travail tout en profitant d’aides sociales. Et même lorsqu’un candidat se présente, il existe d’autres freins au recrutement, comme un manque d’expérience ou de qualifications nécessaires pour travailler dans le secteur.
Un secteur qui attire moins
Non seulement les restaurants, mais aussi les écoles d’hôtellerie-restauration remarquent le manque de personnel dans les restaurants de Barcelone. Le directeur général de l’École supérieure d’hôtellerie de Barcelone Iñaki Gorostiaga affirme même à El Periódico que l’établissement reçoit tous les jours des appels de restaurants à Barcelone demandant si des étudiants en formation ou récemment formés sont disponibles pour travailler.
Il précise également que 15 % des étudiants font des études pour travailler en salle, contre 85 % en cuisine. Une balance très déséquilibrée, qui renforce le manque de personnel qualifié pour travailler en salle.
« Il faut que tout le monde fasse des efforts »
Dans la petite cuisine du restaurant San Marino, Ciprián prépare les premières pizzas de la journée. Si les métiers de la restauration n’attirent plus autant qu’avant, lui continue à travailler avec passion.
« Je n’ai jamais pensé à changer de métier, même pendant la pandémie« , confie-t-il. « Dans ce secteur, c’est difficile de revendiquer un meilleur salaire ou de meilleures heures, il faut que tout le monde contribue et fasse des efforts. »